BUS SCHOOL STOP

Je n’ai pas eu cette chance : connaître les trajets en bus en sortant de l’école ou du collège, traverser les champs de blé en voiture ou à pieds. Mon premier deuil finalement a été de faire le deuil de cette vie, loin de Paris, de devoir continuer d’exister par moi-même et non plus au travers de ma cousine. Mon premier deuil a été de m’éloigner de ma famille. Pendant plusieurs années. D’accepter aussi une réalité qui s’est imposée à moi sans que je m’y sois préparée. Orbois n’existait plus tel que je l’avais connu et n’existerait jamais plus ainsi, Saint-Georges d’Aulnay disparaissait aussi et même Villers-Bocage verrait ses souvenirs enfouis. Alors, j’ai fui cette famille à un moment où toute cette réalité devenait trop éprouvante. J’ai fui cette réalité pour m’aguerrir, pour devenir moi. J’ai fui cette réalité pour mieux y revenir. Quelques années plus tard.

 

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Aujourd’hui, en sillonnant les routes de Nouvelle-Zélande, ces souvenirs et ces sensations se rappellent à moi.

Souvenirs de cette famille que la folie soude, que l’alcool désinhibe, que la musique entraîne, que la peine réunit et que l’amour réconforte. Cette famille cabossée, morcelée, lunatique, festive, aimante souvent, pitoyable parfois mais jamais détestable. Cette famille qui m’a appris la fête, le rire, l’amour, cette espèce de truc bancal qui m’aide à tenir debout.

Souvenirs de cette Normandie : odeurs d’herbes fraîches, vaches en train de paître, pommiers, cidre, routes de campagne traversant une commune puis l’autre, ses églises, ses mairies, ses maisons et ses grands espaces verts…

Et je réalise à quel point ma vision du voyage et ma façon de voyager ont évolué. Il y quatre ans, en partant en Martinique, je cherchais à m’éloigner de tout et de tout le monde, afin de m’émanciper entièrement, de me défaire du regard des autres et du poids social d’un environnement devenu délétère. Je pensais qu’en étant seule, je m’accomplirai mais je me suis accomplie en rencontrant les bonnes personnes, des personnes qui me ressemblaient, me comprenaient et surtout, me rendaient meilleure. Et aujourd’hui, grâce à eux, cette meilleure moi peut revenir à sa source sereinement.

Je vivais mon « bonheur égoïste » comme j’aimais le nommer : « pour vivre heureux, vivons cachés », sans chercher à prendre ou à donner des nouvelles à mes proches.

Aujourd’hui pour que ce bonheur existe, j’ai besoin de le partager avec eux, au moins un peu. Je suis heureuse de voyager, et je serai heureuse de les retrouver : ma famille, mes ami.e.s où qu’ils soient. Je n’ai plus peur des retours. J’en ai presque hâte. Je suis bien ici et je serai bien ailleurs. Entourée et aimée.

 

 

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