ma dinina, ma vie

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L’odeur, cette odeur à la fois caractéristique et indescriptible, l’odeur du poisson frit, l’odeur du poisson frais, l’odeur des fleurs et des arbres fruitiers sur la route, l’odeur de l’herbe fraiche, des montagnes et des rivières. L’odeur de la chaleur aussi, de la transpiration au matin des nuits trop chaudes passées tout de même sous un drap pour éviter les moustiques. L’odeur des repas et des épices : cannelle, curry, colombo, thym et bois d’inde que l’on sent dans les maisons comme dans les marchés. 

Le bruit, le bruit des vagues pour s’endormir, ou au réveil après un bivouac, le bruit du vent en haut des collines de la Caravelle, le bruit des moustiques autour de la moustiquaire et des grenouilles le soir venu ; le bruit du marché de Saint-Pierre le samedi matin, celui de Fort-de-France ou du Lamentin : légumes et fruits, pesés, transportés, empaquetés et les marchands, entre eux ou avec toi : « ma doudou » ,« ma chérie, viens gouter la mangue », les tutoiements. Et la musique, omniprésente : sur les parkings, la plage, dans ta voiture, vitres ouvertes, cheveux au vent, en cours de danse, ou en soirée.

Les goûts, le mélange des saveurs fruitées, amers, pimentées, mais aussi le goût salé d’une île et de la mer, le goût d’humidité sur ta peau dû au climat tropical, le gout des lèvres de cet homme-là ou celui-ci. Le gout du rhum: le blanc, l’ambré ou le vieux et le ti punch. Le goût des légumes péyi, des accras, des confitures, des pâtisseries de la Fée Sylda le matin avant le boulot, des fruits, sucrés, juteux, goûtus, de l’aloé, des liqueurs basilic ou citron de chez tatie, de ses smoothies,  du pain au beurre, des pois d’angole à Noël, du champagne et des zakaris de légumes.

La vue. La mer à gauche, la montagne à droite. Le soleil qui se lève, le soleil qui se couche et les nuances de couleurs qu’il entraine. Toujours singulières. Les virages trop serrés que tu repères tardivement, surtout la nuit, parce que la nuit, les routes sont sombres et tu ne vois rien que les voitures en face, plein feux. Ces paysages découverts, vus et revus. Et ces visages, certains qui disparaissent plus vite que d’autres. Et d’autres qui ne disparaissent jamais.

Et le toucher, palper de nouveaux fruits pour savoir s’ils sont mûrs, le vent qui caresse la peau, la pluie battante sur tes vêtements tout propres, la mer, la rivière, et encore cet homme ou celui-là. Et tous les gens, toutes ces personnes que tu touches, amis, amants, famille ou patient, pour dire bonjour, pour remercier, saluer, quitter. La sensation de chaud dehors et de froid à l’intérieur à cause de la clim, les courants d’air. Ton corps qui se heurte à la ceinture de sécurité quand la carrosserie tape le muret de ce virage, toujours trop serré et pris trop rapidement sur une route mouillée.

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Tous ses sens en éveil. Constamment.

Et les gens, les plus importants. Un peuple qui revendique ses droits et une identité. Identité encore fragile.

Ceux et celles qui, alors que tu pensais t’éloigner de tous et de tout pour devenir toi-même, t’ont permis de devenir toi-même en étant près d’eux. Ces rencontres que tu avais attendues sans le deviner et qui ont changé ton monde et ton quotidien, ta vie, à jamais. Des amis, de vrais amis : ceux que tu peux appeler à 4 heures du mat pour te changer une roue. Ceux qui viennent te chercher tous les matins pour t’emmener au boulot parce que tu n’as plus de voiture, ceux qui t’élèves et te permettent de devenir meilleure. Une famille, retrouvée, découverte, agrandie et les repas chez tatie presque hebdomadaires, surtout au début.

Et l’art, ce renouveau, cette maison d’artistes, ce photographe devenu ton coloc, ces cours de danse, ces paysages qui se prêtent aux photographies, ces shootings, ces séances de body painting, ces graphistes, écrivains, musiciens, danseurs…

 

Tous ces sens en éveil, ces mots, ces personnes, ces arts et cette famille. Des racines. Enfin retrouvées, pour mieux avancer sur ma pirogue.

Ma dinina, mon ile aux fleurs, ma vie. Merci, à bientôt. 

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